Airvore ou la face obscure des transports – Chronique d’une pollution annoncée

« la pollution de l’air y provoque plusieurs milliers de décès par an, l’automobile étant responsable de la grande majorité des émissions polluantes. Il arrive même que, dans le centre de Mexico, des oiseaux suffoquent en plein vol, littéralement asphyxiés. Mexico sera d’ailleurs qualifiée de ville la plus polluée de la planète au sommet de Rio de 1992. »

« … Pour décongestionner la circulation dans les villes, écrit l’économiste et sociologue américain Vance Packard, on construira dans tous les sens des voies en viaducs gigantesques, la maladie de l’embouteillage progressera plus vite que le remède. »

« La flotte mondiale de véhicules routiers est passée d’environ 550 millions de voitures et 200 millions de fourgons, camions et bus en 2000 à respectivement 1 milliard et 350 millions en 2017 422, soit une augmentation moyenne annuelle de 3,3 %. »

« En l’espace de deux ou trois décennies, la problématique du climat aura donc pris le pas sur celle de la raréfaction des ressources énergétiques, si bien que, pour citer le sociologue Éric Pineault, « avant même d’avoir pu manquer de pétrole, nous nous trouvons à court de ciel pour stocker le CO2 que génère son utilisation »!

 

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Contre les élections

« Van Reybrouck met le doigt sur le fonctionnement à sens unique de notre « démocratie diplomée ». Il a des formules superbes pour nous inciter à réfléchir aux nombreuses expériences tentées pour sortir du défaitisme et des impasses. Son ardent plaidoyer en faveur du tirage au sort met à nu l’usure de notre démocratie.  » Pierre-François Lovens, La libre Belgique

« Les études montrent au contraire que l’intérêt pour la politique est plus grand aujourd’hui qu’hier : les gens parlent plus souvent qu’autrefois de politique avec leurs amis, leurs parents ou leurs collègues. »

« Aux États-Unis, la situation est encore plus critique : aux élections présidentielles, la participation est inférieure à 60 % »

« Sous l’effet de l’hystérie collective des médias commerciaux, des médias sociaux et des partis politiques, la fièvre électorale est devenue permanente… : l’efficacité souffre des calculs électoraux, la légitimité de la volonté permanente de se mettre en avant. Le système électoral entraîne chaque fois la défaite cuisante du long terme et de l’intérêt général face au court terme et aux intérêts partisans. »

« Aristote, notamment, pouvait écrire sans ambages : “Je cite comme exemple les magistratures : le tirage au sort est considéré comme démocratique, l’élection comme oligarchique. »

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Notre révolution

« Aujourd’hui, près de 70 % de notre produit intérieur brut (PIB) dépend du pouvoir d’achat des consommateurs. Si des millions de travailleurs n’ont pas les ressources disponibles nécessaires pour acquérir des biens et des services, l’économie fléchit. »

« Comment est-il possible que la famille la plus riche d’Amérique soit aussi la principale bénéficiaire de l’État-providence ? C’est assez simple, en réalité. WalMart dégage d’immenses profits en payant des salaires si faibles que non seulement ses employés peuvent prétendre à une assistance, mais qu’ils en ont même absolument besoin pour s’en sortir. »

« Balivernes. L’establishment veut nous faire croire que l’Amérique est fauchée ; il a besoin que nous le croyions. En réalité, nous sommes le pays le plus riche du monde et nous sommes plus riches qu’à n’importe quel autre moment de notre histoire. La richesse totale des États-Unis atteint le record de quatre-vingt-huit mille milliards de dollars, deux fois plus qu’il y a quinze ans et presque quatre fois plus que le pays qui vient juste derrière. »

« Surtout, il m’a toujours paru absurde que notre système de soins vise principalement à dégager d’immenses profits pour les compagnies d’assurance, les laboratoires pharmaceutiques, les hôpitaux et les fournisseurs d’équipements médicaux. Les soins médicaux ne sont pas une marchandise ; ils constituent un droit humain. L’objectif d’un système de soins sain doit être de nous maintenir en bonne santé, pas d’enrichir les détenteurs d’actions. »

 

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Au nom de l’humanité-L’audace mondiale

« C’est un scandale qu’aujourd’hui encore on puisse continuer à tuer et à faire tuer “ au nom de Dieu ”. »

« La nouveauté de notre temps est que la convoitise de l’argent, le désir de faire de l’argent, souvent en expropriant les autres ou en les empêchant d’en faire, est considéré non seulement un objectif admis, “légal”, nécessaire, mais aussi une pratique appréciée, méritoire. »

« … dans le marché il n’y a pas de démocratie. Il y a concurrence entre inégaux, la compétitivité pour éliminer le concurrent, la lutte pour la survie, la guerre permanente au nom de “ Que le meilleur gagne ” (Felipe Gonzales). »

« Les propositions concernant les nouveaux traités sur le commerce et les investissements cmp, TPT, TiSA, CETA…) constituent une menace grave pour la justice économique et sociale et la démocratie à l’échelle mondiale. Le système de résolution des conflits entre les investisseurs et les Etats (ISDS) sonne le glas de la souveraineté démocratique des peuples, à l’avantage des intérêts des détenteurs de capitaux. »

 

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La démocratie sans maîtres

« La révolution de 1789 fut avant tout initiée par la bourgeoisie de la richesse mobilière : celle des banques, des manufactures et du grand commerce. Victorieux, les révolutionnaires opposèrent ensuite, explicitement, le gouvernement mesuré des élites économiques et intellectuelles à la démocratie, régime honni, pouvoir des passions déréglées de la plèbe. »

« … on apprit, le jour même de son lancement, que le mouvement d’Emmanuel Macron, En marche !, était soutenu financièrement par certaines grandes fortunes de France et que son clip de présentation avait pillé des banques d’images américaines. »

« L’égalité de l’instruction serait alors une nécessité vitale : il en irait du salut de tous. Alors qu’à présent notre système éducatif favorise un petit nombre de futurs leaders, élite sociale sélectionnée dès le plus jeune âge pour tenir les rênes du pays, responsables politiques, dirigeants d’entreprise, universitaires, autant de premiers de la classe cultivant très tôt l’entre-soi, décidant ensemble pour les autres. »

 

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Travail : la révolution nécessaire

  « Si la Finlande occupe la première place dans le classement Pisa de l’OCDE qui analyse les compé­tences des ­jeunes à 15 ans, c’est parce qu’il y a à la fois des modes de garde de qualité et un investissement massif dans l’école primaire avec des classes peu nombreuses et un soin extrême apporté à chaque enfant, à sa réussite, à sa compréhension, à son développement. »

« … en France, on a établi la flexibilité et jamais la sécurité. Encore moins une sécurité au sens large (­logement, salaire, etc.), qui permettrait aux gens de ­prendre des risques… ces fameux risques que l’on encourage tant les gens à prendre… surtout quand c’est les autres qui les prennent ! »

« Ce qui a avant tout abîmé le ­travail, c’est le chômage, les mauvais emplois, ceux qui n’ont aucun sens, où les conditions sont abominables, où les gens sont exploités, où ils sont traités comme des chiens, où le travail redevient une pure marchandise, et les ­per­s­onnes un coût. C’est cela qui dégrade la valeur travail. »

 

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Ne plus se mentir – Petit exercice de lucidité par temps d’effondrement écologique

« Car comment croire ne serait-ce qu’un instant qu’on puisse diviser par quatre nos émissions de gaz à effet de serre (ce que recommandent a minima les scientifiques pour éviter la catastrophe) tout en courant obstinément après des points de croissance supplémentaires (ce à quoi s’acharnent à peu près tous les gouvernants de la planète) ? Éteindre un feu en y jetant de l’huile, voilà ce qu’on nous propose depuis au moins trente ans. Et le mensonge fonctionne ! »

« Moins de 1 % des métaux indispensables aux nouvelles technologies, comme les terres rares utilisées dans les cellules photovoltaïques, les turbines d’éoliennes, les batteries et moteurs des véhicules électriques et les dispositifs d’éclairage, est recyclé à l’échelle mondiale. »

« Il est illusoire de penser que dans ces conditions les États ou les individus renoncent volontairement à leurs avantages compétitifs. Leur demander des efforts pour limiter leurs émissions de CO2 ou renoncer à certaines ressources pour des motifs écologiques, c’est inévitablement les enjoindre à baisser leur niveau de consommation d’énergie et leur niveau de vie. »

« À partir de maintenant nous allons avoir besoin de courage, pas d’espoir. »

 

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Utopie du logiciel libre. Du bricolage informatique à la réinvention sociale

« Promouvoir les logiciels libres, c’est pour eux permettre aux utilisateurs de contrôler leurs machines au lieu d’être contrôlés par elles. (…) Il s’agit ainsi d’inverser ce qui constitue aujourd’hui le rapport dominant aux objets techniques, afin de devenir capable de comprendre, maîtriser et in fine adapter ceux-ci à nos besoins particuliers. »

« … plusieurs projets célèbres – notamment Apache et Linux – sont ainsi financés et abondés par de grandes entreprises, qui y voient le moyen de produire à moindre frais des briques logiciels de base, que chaque acteur peut ensuite intégrer à ses produits. L’exemple de Linux est éclairant, dans la mesure où 85 % du code est désormais écrit par des salariés d’entreprises comme Red Hat, Intel, Novell, IBM, Google ou Oracle. »

« L’analyse classique est celle du philosophe finlandais Pekka Himanen, pour qui l’éthique hacker, fondée sur la passion et l’intérêt personnel, supplante peu à peu la vieille éthique protestante reposant sur le devoir et l’intérêt financier. »

« Lawrence Lessig soutient ainsi que l’allongement de la durée du copyright nuit au public et ne stimule en aucun cas la création. Quel artiste créera davantage parce qu’il sait que ses droits s’étendront à 70 et non à 50 ans après sa mort ? »

« André Gorz a cherché à répondre à ces arguments dans de nombreux textes. Il affirme tout d’abord que l’emploi salarié est contraire au déploiement de la valeur émancipatrice du travail. En tant qu’il transforme ce dernier en une marchandise comme une autre, il est en fait « la négation du travail tel que le comprend la philosophie » . Le revenu universel permettrait, à l’inverse, l’épanouissement d’un ensemble d’activités librement choisies et accomplies pour elles-mêmes. Il serait donc un moyen bien plus approprié que le salariat pour faire du travail – au sens général d’activité – la voie de l’émancipation individuelle et collective. »

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Travaux forcés, Chemins détournés de l’aide sociale

Comme l’a bien résumé Nicole Lemieux : « Les prestataires de l’aide de dernier recours connaissent les préjugés véhiculés à leur sujet par la population : ils sont paresseux, peu éduqués et profiteurs, ils boivent, passent leurs journées à écouter la TV ou travaillent au noir et fraudent. »

« De plus, l’obligation de garder un emploi ou d’en accepter un contre son gré faisait craindre une dégradation des conditions de travail des personnes assistées sociales. Habituées aux emplois mal payés, elles se retrouvaient ainsi à la merci d’employeurs peu scrupuleux qui pouvaient profiter de la situation précaire des jeunes travailleurs. »

« Comment une nation peut-elle se prétendre solidaire, lorsqu’elle refuse d’accorder un soutien aux plus pauvres et préfère les blâmer pour leur dénuement ? »

« Par sa décision de diviser les bénéficiaires en deux classes, le gouvernement a réussi à rejeter la responsabilité sur les épaules des personnes assistées sociales, comme si le fait de demeurer ou non sur l’aide sociale n’était qu’une question de bonne volonté. »

Bregman Rutger, Utopies réalistes, Seuil, 2017

Autrement Utopies réalistes
Rutger Bregman 2017 → BNTR  → BANQ
Indice de plaisir→  
Le livre →   « Avant de le traiter de pelleteur de nuages, lisez son livre. Vous aurez furieusement envie de le mettre entre les mains de nos dirigeants…. Son livre ne se nomme pas Utopies réalistes pour rien. Oui, Rutger Bregman rêve grand, mais ses rêves s’appuient sur des faits, des études, des chiffres. » Nathalie Collard, La Presse, 2017-10-15

« La principale raison pour laquelle les pauvres sont pauvres, c’est qu’ils n’ont pas assez d’argent, note l’économiste Charles Kenny, et il n’y a rien d’étonnant à ce que leur donner de l’argent soit un formidable moyen de réduire ce problème. »

« Il y a quelques années, la prestigieuse revue médicale The Lancet résumait leurs découvertes dans ces termes : quand des pauvres reçoivent de l’argent sans conditions, ils ont tendance à travailler davantage. »

« Quand on est obsédé par le rendement et la productivité, on a du mal à voir la valeur réelle de l’enseignement et du soin. C’est pourquoi tant de politiciens et de contribuables ne voient que des coûts. Ils ne comprennent pas que plus un pays devient riche, plus il devrait dépenser en enseignants et en médecins. Au lieu d’être considéré comme une bénédiction, l’accroissement de ces dépenses est perçu comme une maladie. »


L’auteur →   Écrivain et historien néerlandais. Utopies réalistes a été publié dans 23 pays et traduit en 16 langues. Journaliste-chroniqueur pour le magazine en ligne néerlandais De Correspondent. Il a été deux fois en lice pour le prix européen de la presse.
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