Lettre ouverte – Proche aidance
Un pas nécessaire, mais le Québec doit aller plus loin
Le dévoilement du nouveau Plan d’action gouvernemental pour les personnes proches aidantes 2026-2031 constitue un pas important vers une meilleure reconnaissance de leur rôle essentiel. En prévoyant des mesures en matière de répit, de soutien psychosocial, d’information et de conciliation, le gouvernement répond à une réalité que les familles et nos membres connaissent depuis longtemps. Au Québec, des milliers de personnes soutiennent chaque jour un proche en perte d’autonomie, souvent dans l’ombre, parfois au détriment de leur propre santé, de leur sécurité financière et de leur équilibre de vie.
Cette reconnaissance était nécessaire. Elle était même attendue depuis longtemps.
Cependant, elle ne doit pas nous faire perdre de vue l’enjeu principal : les personnes proches aidantes ne peuvent pas devenir la réponse structurelle aux lacunes du réseau public.
Depuis des années, l’AREQ, une association qui représente plus de 60 000 personnes retraitées des services publics au Québec, le répète : le Québec doit concrétiser pleinement le virage vers le soutien à domicile. Les personnes aînées souhaitent majoritairement vieillir chez elles, dans leur milieu de vie, entourées de leurs repères, avec les services nécessaires pour le faire dans la dignité et la sécurité. Or, ce souhait demeure trop souvent conditionnel à la présence d’un conjoint, d’un enfant, d’un frère, d’une soeur ou d’un proche acceptant de prendre sur ses épaules une part grandissante des responsabilités que le réseau peine à assumer.
Le véritable défi demeure le financement adéquat du soutien à domicile et des services de proximité. Le répit, le soutien psychosocial et la reconnaissance sont essentiels, mais ils ne remplaceront jamais des soins et services accessibles, stables, sécuritaires et offerts par du personnel qualifié dans toutes les régions du Québec.
Ce n’est pas le vieillissement de la population qui nous prend par surprise, mais bien le retard collectif avec lequel nous y répondons. Depuis des années, cette réalité est connue, documentée et prévisible. Pourtant, les listes d’attente persistent, les services varient d’une région à l’autre et les familles sont encore trop souvent appelées à compenser les angles morts du système.
Pendant ce temps, les personnes proches aidantes s’épuisent et les personnes aînées se retrouvent devant des choix qui ne devraient pas leur être imposés.
Chaque mois d’attente supplémentaire ajoute de la pression sur des familles déjà fragilisées et sur des proches aidants qui tiennent trop souvent le réseau à bout de bras.
L’AREQ accueille donc favorablement les mesures qui permettront de mieux accompagner les personnes proches aidantes. Toutefois, pour être à la hauteur des défis à venir, ce plan doit s’inscrire dans une vision beaucoup plus large : celle d’un véritable réseau public de soutien à domicile, financé adéquatement, accessible universellement et capable de répondre aux besoins réels de notre société.
Les personnes proches aidantes sont des partenaires essentiels. Elles ne sont pas une main-d’oeuvre de remplacement. Elles doivent être soutenues, accompagnées et soulagées, et non appelées à pallier l’insuffisance des services publics.
Le Québec n’a plus le luxe de multiplier les plans sans assurer les moyens durables de leur mise en oeuvre. Si nous voulons réellement reconnaître la contribution des personnes proches aidantes, il faut d’abord éviter de les placer dans une situation où leur engagement devient indispensable à la survie du système.
Vieillir à domicile dans la dignité ne doit pas dépendre de la capacité d’une famille à tenir le coup. Cela doit reposer sur un engagement collectif, porté par un État qui assume pleinement sa responsabilité envers les personnes aînées et celles qui les accompagnent et cet engagement doit se traduire rapidement par des gestes concrets.
Micheline Germain
Présidente de l’AREQ (CSQ)