Les annonces se succèdent : le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire parlent désormais d’investir davantage ou d’organiser différemment le soutien à domicile. Nous ne pouvons que nous en réjouir. Après des années à répéter que les Québécoises et les Québécois veulent vieillir chez eux, voilà que les partis politiques semblent enfin avoir entendu le message. Mais les aînés ne sont pas qu’un électorat à courtiser avec de belles paroles à l’approche d’une élection : ils sont des citoyens qui savent ce qu’ils veulent, qui connaissent leurs besoins et qui savent aussi faire la différence entre une promesse et un engagement.
La Coalition pour la dignité des aînés a fait ses devoirs en effectuant une synthèse exploratoire de certaines législations qui font école en soutien à domicile. Nous avons regardé ce qui se fait ailleurs dans le monde, notamment en Norvège, au Danemark, en Allemagne, en France, en Suède et au Japon. Les modèles diffèrent, mais une constante se dégage : lorsque le maintien à domicile devient une véritable priorité publique, les gouvernements lui donnent des moyens à la hauteur de cette ambition. Ils définissent les responsabilités, stabilisent le financement, investissent dans la main-d’œuvre et les proches aidants, et agissent en prévention plutôt que d’attendre la crise.
Le Québec a déjà de bonnes bases sur lesquelles s’appuyer ; il ne part pas de zéro. Depuis plus de vingt ans, nos politiques reconnaissent le domicile comme milieu de vie à privilégier. La nouvelle politique nationale Mieux chez soi réaffirme cette orientation. La population, elle, est on ne peut plus claire à ce sujet : 97 % des 55-69 ans souhaitent une hausse significative de l’offre de soutien à domicile et 90,4 % des Québécois préféreraient être soignés à domicile plutôt qu’à l’hôpital. Le problème n’est donc plus de savoir si les Québécois veulent vieillir chez eux. Le problème est de savoir si le Québec est prêt à financer ce choix.
Notre réponse est claire : le soutien à domicile doit être financé à l’équivalent des soins d’hébergement de longue durée, avec une enveloppe pérenne et dédiée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2020-2021, trois dollars étaient consacrés à l’hébergement de longue durée pour chaque dollar consacré aux soins de longue durée à domicile. Et au 27 juin 2026, 11 676 personnes attendaient toujours un premier service de soutien à domicile.
La Norvège a fait un choix beaucoup plus affirmé. Elle consacre 55 % de ses dépenses en soins de longue durée au soutien à domicile et 75 % des bénéficiaires de 65 ans et plus reçoivent des soins chez eux. Nous ne demandons pas de copier la Norvège. Nous demandons au Québec de faire, lui aussi, un choix politique fort.
Les annonces permettent de reconnaître l’importance du soutien à domicile et, surtout, le fait que les aînés constituent une force électorale incontournable. Maintenant, c’est aux aînés de dire ce qu’ils attendent de la société québécoise : pas seulement de pouvoir rester chez eux, mais d’avoir réellement les services nécessaires pour y vivre dignement.
Après les belles paroles viendront les actions. Le 6 octobre, nous les attendrons. La dignité des aînés ne se promet pas, elle se finance, elle s’organise et elle se garantit.