La valeur de nos revenus à la retraite nous concerne toutes et tous. Nous organisons une part de notre vie autour d’une idée simple : après des années de travail, les sommes prévues pour la retraite devraient permettre de conserver une certaine stabilité. Or, lorsque le coût de la vie augmente plus vite que les revenus, cet équilibre se perd peu à peu. Pour des milliers de personnes retraitées du secteur public québécois, ce glissement est déjà bien réel. Depuis 1982, une partie importante de leurs rentes n’est que partiellement indexée au coût de la vie. D’une année à l’autre, l’écart peut sembler modeste. Avec le temps, il change pourtant ce qu’une rente permet réellement de payer.
Ce que les années retirent peu à peu
Entre 2002 et 2021, le pouvoir d’achat des personnes retraitées couvertes par le Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP) a diminué de 17,5 %. Dans onze régimes provinciaux comparables ailleurs au Canada, la baisse moyenne a été de 5,9 %. L’écart québécois mérite que l’on s’y attarde.
Une perte de pouvoir d’achat ne se manifeste pas toujours de façon spectaculaire. Elle apparaît dans une dépense reportée, un déplacement évité, une activité abandonnée ou une marge de sécurité qui disparaît. Dans les grands centres comme dans les régions, les réalités peuvent différer, mais le constat demeure : lorsque les revenus ne suivent pas le coût de la vie, les choix du quotidien se resserrent.
La situation financière des régimes nous invite aussi à regarder sérieusement la question. En douze ans, la caisse du RREGOP est passée de 55,7 à 97,9 milliards de dollars, tandis que le fonds prévu pour couvrir la part du gouvernement a plus que doublé. Ces résultats ne règlent pas à eux seuls la question de l’indexation, mais ils montrent qu’il est légitime d’examiner les solutions permettant de mieux préserver la valeur des rentes.
Au fond, le sujet dépasse un mécanisme d’indexation. Il touche à la valeur réelle d’un engagement pris sur plusieurs décennies. Une rente peut demeurer la même sur papier tout en offrant, dans la vie courante, de moins en moins de sécurité.
Une question qui doit trouver sa place dans la campagne électorale
À l’approche du scrutin, les partis abordent le soutien à domicile, le logement, les soins et la fiscalité des personnes aînées. La question des revenus à la retraite doit faire partie de cette même conversation. Elle pose une question simple aux formations politiques : comment souhaitent-elles protéger, dans la durée, les revenus sur lesquels les gens ont construit leur avenir?
Les personnes concernées ont consacré leur carrière à nos écoles, à nos établissements de santé et à nos services publics. Si leur situation est particulière, la question qu’elle soulève est beaucoup plus large : quelle valeur accorder à un engagement pris envers des travailleuses et des travailleurs si sa valeur réelle s’érode au fil des années? La réponse intéresse autant les personnes déjà retraitées que celles qui préparent aujourd’hui leur propre avenir.
Préserver plus qu’un montant
Le vieillissement de la population nous oblige à réfléchir au Québec dans lequel nous voulons avancer en âge. La sécurité financière en fait partie, tout comme l’accès aux soins, au logement et au soutien à domicile.
Mieux préserver le pouvoir d’achat des personnes retraitées du secteur public ne réglera pas tous les défis du vieillissement. Ce serait néanmoins une façon concrète de reconnaître qu’un engagement pris envers des travailleuses et des travailleurs doit conserver son sens dans le temps.
À quelques jours des élections, les personnes retraitées attendent maintenant de savoir comment les formations politiques comptent agir. Après des années à documenter cette perte de pouvoir d’achat, le temps est venu de chercher une solution durable.
Micheline Germain
Présidente de l’AREQ (CSQ)
Pour information :
Louis-Jérôme Doran
Conseiller en communication et relations de presse
AREQ (CSQ)
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