Par Micheline Germain, présidente de l’AREQ (CSQ)
Avec la plus récente annonce de la Politique de soins et services de première ligne présentée par la ministre de la Santé et des Services sociaux, Sonia Bélanger, une chose est claire : le gouvernement souhaite remettre les CLSC au cœur du système. Sur ce point, nous ne pouvons qu’être d’accord avec l’objectif de renforcer la première ligne.
D’ailleurs, à l’AREQ, cela fait des années que nous le répétons, les CLSC doivent redevenir de véritables portes d’entrée locales, humaines et accessibles. Ancrés dans les communautés, ils connaissent les réalités des personnes et sont les mieux placés pour organiser les services, notamment en matière de soutien à domicile.
Toutefois, si cette orientation est la bonne, les moyens proposés soulèvent des inquiétudes bien réelles.
L’article évoque particulièrement la volonté de faciliter l’accès aux services à l’aide d’outils numériques d’orientation et de triage. Pour nos membres, cela soulève une question simple : aura-t-on réellement accès à une intervention humaine, au bon moment?
Les experts sont clairs. Dans leur plus récent avis, les chercheurs associés au VITAM rappellent que la technologie peut soutenir l’accès aux soins, mais qu’elle ne doit jamais remplacer la relation humaine ni le jugement clinique. Ils soulignent également des risques bien connus, soit la déshumanisation des services, les inégalités d’accès liées à la fracture numérique et la difficulté à répondre adéquatement aux situations complexes.
Autrement dit, la technologie peut être un appui, mais elle ne peut pas se substituer à une présence humaine.
Or, le problème de la première ligne au Québec est bien connu et il n’est pas technologique, Il est humain, organisationnel… et politique.
Depuis des années, le réseau public de santé et de services sociaux fait face à un désinvestissement qui fragilise sa capacité à répondre aux besoins. Les travailleuses et les travailleurs sont moins nombreux, souvent surchargés, et les services demeurent fragmentés. Dans ce contexte, améliorer l’accès sans renforcer les équipes risque de déplacer le problème plutôt que de le régler.
Cette situation est particulièrement préoccupante pour les personnes aînées que nous représentons.
Le soutien à domicile en est un exemple frappant. Reconnu comme prioritaire depuis longtemps, il demeure sous-développé et inégalement accessible. Pourtant, c’est précisément dans les CLSC que devrait s’articuler ce virage, avec des équipes présentes, stables et en mesure d’accompagner les personnes dans leur milieu de vie.
Vieillir dans la dignité, ce n’est pas seulement accéder à un service. C’est avoir l’assurance d’un accompagnement humain, continu et adapté à sa réalité.
Oui, les équipes multidisciplinaires constituent une avenue pertinente, mais elles ne pourront porter leurs fruits sans investissements structurants et sans l’embauche du personnel nécessaire.
Car, au bout du compte, derrière chaque demande de service, il n’y a pas qu’un usager à orienter; il y a aussi, bien souvent, une personne à écouter, à accompagner ou à soutenir à domicile.
Et pour cela, aucun robot ne pourra remplacer l’intervention humaine.